Ceux qu'on n'écoute pas

Les enfants, les très vieux, les bêtes, les rivières, ceux qui viendront

Aujourd'hui

Cette saison, la conversation est portée par une mère et un père, avec la fille et le garçon.

Épisode 1

Parler à la place de quelqu'un, c'est délicat

PARENT : Ce soir, on commence une nouvelle saison. Et pour une fois, pas de sage d'il y a deux mille ans. L'histoire se passe ici, dimanche dernier, à table.

L'audio de cet épisode arrive bientôt.

PARENT : Ce soir, on commence une nouvelle saison. Et pour une fois, pas de sage d'il y a deux mille ans. L'histoire se passe ici, dimanche dernier, à table. Tu te souviens, quand ta tante a demandé comment s'était passée la sortie scolaire ?

ENFANT : Oui. Et avant que j'ouvre la bouche, quelqu'un a répondu à ma place. « Oh, il était un peu déçu, il pleuvait, mais il s'est bien amusé quand même. »

PARENT : C'était moi. Et tu as fait une drôle de tête. Tu peux dire pourquoi, maintenant ?

ENFANT : Parce que ce n'était pas ça. Je n'étais pas déçu. J'étais furieux, parce qu'on avait annulé la seule visite que je voulais faire. Ce n'est pas pareil. Tu racontais ma journée comme si tu avais été dans ma tête.

PARENT : Et voilà la question de toute cette saison. Quand quelqu'un parle à la place de quelqu'un d'autre, qu'est-ce qui se passe ? Même pour aider. Même avec amour.

ENFANT : Mais parfois il faut bien. Si quelqu'un ne peut pas parler, ou si personne ne l'écoute, et que personne ne parle pour lui, alors il reste invisible.

PARENT : Tu as raison, et c'est ça qui rend la chose si délicate. Parler pour quelqu'un, c'est parfois un devoir. Un bébé ne peut pas dire au médecin où il a mal. Quelqu'un doit le faire à sa place, sinon personne ne le soigne.

ENFANT : Alors c'est bien ou c'est mal ? Il faut choisir.

PARENT : Ni l'un ni l'autre, et c'est ce qui est difficile. Quand je parle pour toi, deux choses arrivent en même temps. Ta voix porte plus loin, parce que la mienne est plus écoutée que la tienne. Et ta voix disparaît un peu, parce que c'est la mienne qu'on entend.

ENFANT : Donc même quand tu me défends, tu prends ma place.

PARENT : Un peu, oui. Et celui qui parle se trompe presque toujours quelque part. Pas par méchanceté. Parce qu'il n'est pas toi. Il dit déçu là où tu étais furieux. Il arrondit les angles. Il raconte ce qui l'arrange, souvent sans s'en rendre compte.

ENFANT : Il y a des gens à qui ça arrive tout le temps, non ? Pas juste une fois à table.

PARENT : Oui. Il y a des gens dont d'autres racontent toute la vie. Les très jeunes. Les très vieux qui oublient. Ceux qui ne parlent pas avec des mots. Ceux qu'on dit fous. Les bêtes. Et même des êtres qui ne sont pas encore nés. Tous blessables. Et tous dans la même situation : quand leur blessure est racontée, c'est rarement eux qui tiennent le crayon.

ENFANT : Tu te rappelles la toute première saison ? Qui raconte les histoires. C'est la même question.

PARENT : C'est la même, et tu as bien écouté. Mais cette fois on la pose au plus près : qui peut dire sa propre blessure ? Et quand quelqu'un d'autre la dit à sa place, comment faire sans lui voler sa voix ?

ENFANT : Il y a une règle, alors ? Pour parler pour quelqu'un sans lui prendre sa place ?

PARENT : On va la chercher pendant huit épisodes. Mais je peux te donner un début. D'abord, se demander : est-ce qu'il peut parler lui-même ? Ensuite, se demander encore : est-ce qu'on l'écouterait, si je me taisais ? Et si je dois vraiment parler, le faire en sachant que je me trompe peut-être. Et lui rendre la parole dès que possible.

PARENT : La phrase à garder ce soir : parler pour quelqu'un, c'est parfois nécessaire ; se taire pour qu'on l'entende, c'est parfois mieux.

PARENT : Et la question qu'on te laisse. Cette semaine, quelqu'un a sûrement parlé à ta place. Et toi, tu as sûrement parlé à la place de quelqu'un. Lequel des deux t'a fait le plus réfléchir ?

Épisode 2

Les enfants qui prennent la parole

Janusz Korczak, le médecin des enfants
Janusz Korczak, le médecin des enfants

PARENT : Ce soir, on parle de gens de ton âge, et même plus jeunes. Mais on commence par un adulte, parce que c'est lui qui a dit la chose la plus importante.

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PARENT : Ce soir, on parle de gens de ton âge, et même plus jeunes. Mais on commence par un adulte, parce que c'est lui qui a dit la chose la plus importante. Un médecin de Varsovie, en Pologne, né à la fin du dix-neuvième siècle. Il s'appelait Janusz Korczak.

ENFANT : Qu'est-ce qu'il a dit de si important ?

PARENT : Que l'enfant n'est pas un futur adulte qu'on prépare. Qu'il est une personne dès maintenant. Pas demain, quand il sera grand. Aujourd'hui. À son époque, presque personne ne pensait ça. Un enfant, on le faisait taire, et on attendait qu'il grandisse.

PARENT : Et Korczak ne s'est pas contenté de le dire. Il dirigeait une maison pour orphelins, et dans cette maison il y avait un journal écrit par les enfants, un parlement d'enfants, et même un tribunal où un enfant pouvait porter plainte contre un adulte. Contre Korczak lui-même, si c'était lui qui avait été injuste.

ENFANT : Un adulte qui accepte d'être jugé par des enfants. Je n'en connais pas beaucoup.

PARENT : Lui non plus n'en connaissait pas. Il faut maintenant te raconter la fin, et on va le faire simplement. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les nazis ont enfermé les Juifs de Varsovie dans un quartier muré, le ghetto. Korczak y est entré avec ses orphelins. En août mille neuf cent quarante-deux, on est venu chercher les enfants pour les emmener vers un camp d'où personne ne revenait. Des amis avaient organisé une évasion pour Korczak. Pour lui seul. Il a refusé. Il est monté dans le train avec les enfants, en leur tenant la main. On ne sait presque rien de plus.

ENFANT : Je ne sais pas quoi dire.

PARENT : Il n'y a peut-être rien à dire. Il est resté fidèle à son idée jusqu'au bout : des personnes, ça ne s'abandonne pas.

PARENT : Maintenant, deux filles. La première s'appelle Malala Yousafzai. Elle grandit au Pakistan, dans une vallée où des hommes armés décident un jour que les filles n'iront plus à l'école. À onze ans, elle commence à raconter sa vie d'écolière empêchée, et des gens du monde entier la lisent. À quinze ans, un homme monte dans le bus de l'école et lui tire dessus. Elle survit. Et au lieu de se taire, elle parle plus fort. À dix-sept ans, elle reçoit le prix Nobel de la paix, la plus jeune de toute l'histoire.

ENFANT : Et la deuxième, c'est Greta ?

PARENT : Oui, Greta Thunberg. En Suède, en deux mille dix-huit. Elle a quinze ans, elle s'assoit toute seule devant le parlement avec une pancarte : grève de l'école pour le climat. Une adolescente seule sur un trottoir. Quelques mois plus tard, des millions de jeunes font la même chose dans le monde entier.

ENFANT : Je peux dire ce qui me gêne ? Greta, les chefs d'État l'ont invitée, applaudie, photographiée. Et après ? Qu'est-ce qu'ils ont changé ? Presque rien. Alors je me demande s'ils l'écoutaient, ou s'ils se servaient d'elle.

PARENT : Tu poses la question la plus difficile de l'épisode, et on ne va pas te répondre que tu as tort. Il y a un mot pour ce qui lui est arrivé, c'est le mot de ce soir : un symbole. C'est quand une personne devient une image qui représente quelque chose de plus grand qu'elle. Le problème, c'est qu'une image, on peut l'admirer sans écouter la personne. On applaudit la jeunesse courageuse, et on rentre chez soi sans rien changer.

ENFANT : Mais alors c'est exactement ce qu'on disait au premier épisode. Applaudir quelqu'un à la place de l'écouter, c'est encore parler à sa place. On raconte son courage au lieu d'entendre sa demande.

PARENT : C'est ça. Et il existe un test assez simple. Quand un adulte écoute vraiment un enfant, quelque chose change après. Une règle, une décision, une habitude. Si rien ne change jamais, c'étaient des applaudissements, pas de l'écoute.

ENFANT : Et Korczak, lui, il aurait dit quoi de tout ça ?

PARENT : Il l'avait déjà dit. Dans son orphelinat, quand le tribunal des enfants donnait tort à un adulte, l'adulte devait obéir. Pas applaudir : obéir. C'est peut-être ça, la différence entre écouter un enfant et en faire un symbole.

PARENT : La phrase à garder ce soir, c'est la sienne : un enfant n'est pas une personne en préparation, c'est une personne dès maintenant.

PARENT : Et la question qu'on te laisse. La dernière fois qu'un adulte t'a félicité pour ce que tu as dit, est-ce que quelque chose a changé après ? Est-ce qu'on t'écoute, ou est-ce qu'on te félicite pour ne pas avoir à t'écouter ?

Épisode 3

Ceux qui ne parlent pas avec des mots

PARENT : Ce soir, on te présente quelqu'un. On l'appellera Lila. Elle a dix-neuf ans. Son cerveau a été abîmé avant même sa naissance. Elle ne marche pas, elle ne tient pas assise toute seule, et elle ne parlera jamais avec des mots.

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PARENT : Ce soir, on te présente quelqu'un. On l'appellera Lila. Elle a dix-neuf ans. Son cerveau a été abîmé avant même sa naissance. Elle ne marche pas, elle ne tient pas assise toute seule, et elle ne parlera jamais avec des mots. Ni maintenant, ni plus tard. Il y a un mot pour sa situation, c'est le mot difficile de ce soir : le polyhandicap. Poly veut dire plusieurs. Plusieurs handicaps en même temps, le corps et l'esprit, si profonds qu'elle aura besoin d'autres personnes pour tout, toute sa vie.

ENFANT : Toute sa vie ? Et elle ne pourra jamais rien dire ?

PARENT : Jamais avec des mots. Maintenant écoute la suite, parce que c'est là que tout se joue. Ceux qui s'occupent d'elle chaque jour te diraient que Lila dit des choses du matin au soir. Quand on tourne son fauteuil vers la fenêtre, son regard s'accroche à la lumière et son visage se détend : elle aime ça. Quand une certaine personne entre dans la pièce et parle, Lila rit. Pas un réflexe, un vrai rire, pour cette voix-là et pas une autre. Et quand on lui prend la main pour partir et qu'elle serre fort, ceux qui la connaissent savent lire : reste encore un peu.

ENFANT : Mais comment ils savent qu'ils ne se trompent pas ? Peut-être qu'ils inventent. Peut-être qu'ils voient ce qu'ils ont envie de voir.

PARENT : Tu viens de poser la question la plus honnête possible. Et la réponse est : oui, ils peuvent se tromper. Lila ne pourra jamais les corriger. C'est notre question de la saison, en version encore plus difficile : quand on parle pour elle, elle ne peut même pas dire que ce n'est pas ça.

PARENT : Alors ceux qui l'accompagnent font quelque chose de très précis. Ils observent longtemps. Ils comparent entre eux : toi aussi, tu as remarqué qu'elle se crispe avec cette musique ? Ils notent, ils vérifient, ils recommencent. Et ils ne disent pas « elle pense que ». Ils disent « on a observé que ». C'est moins joli, mais c'est plus respectueux : ça laisse Lila plus grande que ce qu'on sait d'elle.

ENFANT : Il y a des gens qui ont passé leur vie à apprendre à lire comme ça ?

PARENT : Oui, et je vais t'en raconter un. En France, au vingtième siècle, un homme nommé Fernand Deligny est parti vivre dans les montagnes avec des enfants autistes qui ne parlaient pas. À l'époque, presque tout le monde voulait les forcer à parler, coûte que coûte, comme si sans parole ils n'étaient personne. Deligny a fait exactement le contraire. Il a pris de grandes feuilles de papier transparent, et il a dessiné leurs chemins. Par où chaque enfant passait dans la journée, où il s'arrêtait, où il revenait toujours, quels détours il faisait pour éviter quoi. Des cartes entières de leurs trajets.

ENFANT : Des cartes ? Pour quoi faire ?

PARENT : Pour les connaître sans les obliger à entrer dans notre langue. Deligny disait en somme : au lieu d'exiger qu'ils viennent jusqu'à nos mots, allons voir comment ils habitent le monde. Leurs chemins racontaient leurs peurs, leurs joies, leurs habitudes. C'était une façon de les écouter avec les yeux.

ENFANT : Alors parler, ce n'est pas que les mots.

PARENT : Voilà. Et tu le sais déjà, sans le savoir. Quand tu claques une porte, tu n'as rien dit, et tout le monde a compris. Un refus, c'est une parole. Un sourire, c'est une parole. Le corps parle tout le temps. La différence, c'est que pour Lila, c'est la seule langue. Et cette langue, il faut apprendre à la lire, comme on a appris à lire les lettres.

ENFANT : Mais est-ce que c'est une vie entière, la sienne ? Je ne sais pas comment le demander autrement.

PARENT : Tu as bien fait de le demander quand même. C'est une personne entière. Pas une moitié de quelqu'un, pas un bébé éternel, pas un corps vide. Elle a des préférences, des refus, des attachements, des bons et des mauvais jours. Et ceux qui l'aiment ne s'occupent pas d'elle par pitié. Ils la connaissent, c'est très différent. La pitié regarde de haut. La connaissance regarde en face.

PARENT : La phrase à garder ce soir : ne pas avoir de mots, ce n'est pas ne rien avoir à dire.

PARENT : Et la question. Aujourd'hui, sans y penser, tu as dit des dizaines de choses sans aucun mot. Qui les a lues ? Et toi, les paroles sans mots des gens autour de toi, est-ce que tu sais les lire ?

Épisode 4

Les très vieux qui oublient

PARENT : Ce soir, une dame de quatre-vingt-neuf ans. On l'appellera Jeanne. Elle pose la même question trois fois en dix minutes. Certains jours, elle cherche le prénom de sa fille et ne le trouve pas.

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PARENT : Ce soir, une dame de quatre-vingt-neuf ans. On l'appellera Jeanne. Elle pose la même question trois fois en dix minutes. Certains jours, elle cherche le prénom de sa fille et ne le trouve pas. Elle range ses lunettes dans le réfrigérateur. Le mot difficile de ce soir, c'est le nom de ce qui lui arrive : la démence. Une maladie qui efface peu à peu la mémoire et qui brouille les pensées. La plus connue s'appelle la maladie d'Alzheimer. Ce n'est pas devenir fou, ce n'est pas être bête : c'est une maladie du cerveau, comme d'autres maladies touchent le cœur ou les poumons.

ENFANT : Il y a quelque chose qui me fait peur là-dedans. Si elle oublie tout, son enfance, sa fille, son propre nom à la fin, est-ce qu'elle est encore elle ?

PARENT : Tu viens de poser une des plus vieilles questions de la philosophie. Beaucoup de gens pensent qu'une personne, c'est son histoire. Tes souvenirs, ton récit, tout ce que tu peux raconter de toi. Si c'était vrai, Jeanne s'effacerait avec ses souvenirs, morceau par morceau. Mais regarde-la vivre, avant de répondre.

PARENT : Sa fille entre dans la chambre. Jeanne ne retrouve pas son prénom. Mais son visage s'éclaire, ses épaules se détendent : elle sait que cette présence-là est bonne. On met la musique de ses vingt ans : elle chante toutes les paroles, sans en manquer une. Une main douce sur son bras l'apaise. Une voix sèche la blesse, et la blessure se voit.

ENFANT : Donc elle oublie les choses, mais pas ce qu'elle ressent ?

PARENT : Ceux qui accompagnent chaque jour des personnes comme Jeanne le disent tous : la visite est oubliée en dix minutes, mais la joie de la visite reste toute la journée. Elle ne se souvient pas que tu es venu. Elle se souvient de comment tu l'as fait se sentir. Une personne n'est pas que son récit. Sous le récit, il y a quelqu'un qui sent, qui aime, qui refuse, qui reconnaît la douceur. Et ce quelqu'un-là ne s'efface pas.

ENFANT : D'accord, mais elle ne peut plus décider grand-chose. Alors qui décide pour elle ? Où elle habite, si on vend sa maison, quels soins on lui donne ?

PARENT : Et voilà notre question de la saison qui revient. Parce qu'il faudra bien, un jour, décider certaines choses pour elle. La vraie question, c'est comment. D'abord, avec elle, le plus longtemps possible. Continuer à demander son avis, même quand répondre devient lent et difficile. Et lui laisser tous les choix qu'elle peut encore faire : cette robe ou l'autre, la fenêtre ouverte ou fermée, le jardin ou la chambre. Ça a l'air petit. Quand on a perdu les grands choix, les petits deviennent immenses.

ENFANT : Il y a une chose que j'ai déjà vue et que je déteste. Des gens qui parlent d'une personne très âgée devant elle, comme si elle n'était pas là. Elle a bien mangé ? Elle a été sage ? À une dame de quatre-vingt-neuf ans. Comme à un bébé.

PARENT : Tu as raison de le détester. Parler de quelqu'un devant lui comme s'il n'était pas là, c'est la pire façon de parler à sa place : on ne lui prend pas seulement sa voix, on lui retire d'être présent dans sa propre vie. Et la maladie n'excuse rien, au contraire. On ne sait jamais exactement ce qu'elle comprend. Alors on lui parle à elle, on dit son nom, on la regarde, elle.

ENFANT : Au fond, c'est comme pour Lila, la dernière fois. On ne sait pas tout ce qu'elle comprend, alors dans le doute, on choisit le respect.

PARENT : Exactement. Le doute ne doit jamais servir à rabaisser quelqu'un. Et il faut dire encore une chose, parce qu'on s'est promis de ne jamais te mentir. Cette maladie est dure. Dure pour Jeanne, qui a des moments de peur et de confusion. Dure pour ceux qui l'aiment, qui la perdent un peu chaque jour alors qu'elle est là, devant eux. On a le droit d'en pleurer. Ce qu'on n'a pas le droit de faire, c'est de la traiter comme si elle était déjà partie.

PARENT : La phrase à garder ce soir : on peut perdre ses souvenirs sans cesser d'être quelqu'un.

PARENT : Et la question qu'on te laisse. Si un jour tu oubliais toute ton histoire, qu'est-ce que ceux qui t'aiment reconnaîtraient encore de toi ? Et qu'est-ce que ça dit de ce qui fait vraiment une personne ?

Épisode 5

La folie : ceux qu'on a enfermés

PARENT : Ce soir, une question avant l'histoire. Depuis toujours, dans tous les pays du monde, il y a des gens dont l'esprit se dérègle. Des gens qui entendent des voix que personne d'autre n'entend, qui voient des menaces partout, qui un matin ne reconnaissent plus le monde.

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PARENT : Ce soir, une question avant l'histoire. Depuis toujours, dans tous les pays du monde, il y a des gens dont l'esprit se dérègle. Des gens qui entendent des voix que personne d'autre n'entend, qui voient des menaces partout, qui un matin ne reconnaissent plus le monde. Qu'est-ce qu'on a fait d'eux, à ton avis ?

ENFANT : J'imagine qu'on a essayé de les soigner ?

PARENT : Parfois. Mais pendant des siècles, en Europe surtout, on a fait autre chose : on les a enfermés. Le mot difficile de ce soir, c'est l'asile. À l'origine, c'est un mot magnifique : un asile, c'est un abri, un lieu où personne ne peut te faire de mal. C'est devenu le nom de bâtiments immenses, loin des villes, derrière de hauts murs, où on enfermait des gens parfois pour la vie entière. Certains étaient vraiment malades. D'autres étaient juste gênants : des femmes qui désobéissaient, des pauvres, des gens différents.

ENFANT : Attends. On pouvait enfermer quelqu'un juste parce qu'il dérangeait ?

PARENT : Oui. Et voilà le mécanisme qui rendait ça possible. Regarde-le bien, parce qu'il existe encore. Dès qu'on a dit de quelqu'un « il est fou », tout ce qu'il dit cesse de compter. S'il proteste, c'est la preuve qu'il est fou. S'il se met en colère contre l'injustice qu'il subit, c'est une crise. Sa parole est disqualifiée d'avance. C'est pire que parler à sa place : c'est décider qu'il n'a plus de place d'où parler.

ENFANT : C'est le piège parfait. Tout ce que tu dis pour te défendre se retourne contre toi.

PARENT : Le piège parfait, oui. Et puis il y a eu des retournements. On raconte qu'à Paris, à la fin du dix-huitième siècle, dans un hospice appelé Bicêtre, des malades vivaient enchaînés aux murs. Un médecin, Philippe Pinel, et un surveillant nommé Pussin, qui avait lui-même été soigné dans ce lieu, ont fait enlever des chaînes. Et ils ont fait une chose plus étrange encore pour l'époque : ils ont parlé avec les malades. Pas sur eux. Avec eux. Et beaucoup allaient mieux.

ENFANT : C'est une histoire vraie ?

PARENT : En partie. Les historiens disent que c'était plus lent, plus compliqué, l'affaire de beaucoup de gens sur beaucoup d'années. Mais on garde cette histoire parce qu'elle montre le bon geste : le jour où on a recommencé à écouter, quelque chose a changé. Et au vingtième siècle, des soignants sont allés plus loin. Ils se sont demandé : et si même les paroles les plus étranges voulaient dire quelque chose ? Si les voix qu'entend quelqu'un parlaient, à leur manière tordue, de sa vie et de ses blessures ?

ENFANT : Donc la folie n'existe pas, en fait ? C'est juste des gens qu'on n'écoute pas ?

PARENT : Non, et on ne te dira pas ça, parce que ce serait faux. La souffrance de l'esprit existe, et elle fait peur d'abord à celui qui la vit. Entendre des voix menaçantes jour et nuit, c'est épuisant. Il faut des soins, des médecins, des médicaments parfois. Écouter ne remplace pas soigner. Mais on peut soigner quelqu'un de deux façons : en le respectant, ou en l'écrasant. Et pendant très longtemps, on a confondu soigner et faire taire.

ENFANT : Le mécanisme du début, je le connais, en fait. À l'école, il suffit que quelqu'un soit catalogué bizarre, et plus personne n'écoute ce qu'il dit. Il peut dire la chose la plus juste du monde, ça ne compte plus. Le mot a décidé avant lui.

PARENT : C'est exactement le même mécanisme, en plus petit. Et maintenant que tu sais le repérer, tu ne pourras plus ne pas le voir. Chaque fois qu'un mot collé sur quelqu'un sert de permission pour ne plus l'écouter, méfie-toi. Fou, bizarre, hystérique, attardé. Les mots changent selon les époques. Le geste est toujours le même.

ENFANT : Et il marche dans les deux sens, non ? Celui qui colle le mot se protège aussi. Il n'a plus besoin de se demander si l'autre a raison.

PARENT : Très bien vu. C'est même à ça qu'on reconnaît le geste : il rend la vie plus confortable à celui qui ne veut pas entendre.

PARENT : La phrase à garder ce soir : une parole étrange est encore une parole.

PARENT : Et la question. Pense à quelqu'un que tout le monde a rangé dans une case. Qu'est-ce que tu perdrais à l'écouter une minute de plus ? Et qu'est-ce que tu rates, peut-être, depuis le début ?

Épisode 6

Les animaux : peuvent-ils souffrir ?

Jeremy Bentham — « peuvent-ils souffrir ? »
Jeremy Bentham — « peuvent-ils souffrir ? »

PARENT : Ce soir, on commence tout près de chez nous. Tu te souviens du chien des voisins, quand il s'est coincé la patte dans le portail ?

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PARENT : Ce soir, on commence tout près de chez nous. Tu te souviens du chien des voisins, quand il s'est coincé la patte dans le portail ?

ENFANT : Oui. Il a crié, et après il est venu vers nous en boitant, et il nous regardait avec un regard… je ne sais pas comment dire. Un regard qui demandait quelque chose.

PARENT : Garde ce regard en tête, on va y revenir. Londres, mille sept cent quatre-vingt-neuf. Un philosophe anglais, Jeremy Bentham, écrit un gros livre sur les lois. Et tout en bas d'une page, presque caché, il glisse une note. À son époque, on débat pour savoir qui mérite la protection des lois, et beaucoup répondent : pas les bêtes, voyons, elles ne raisonnent pas, elles ne parlent pas. Bentham écrit : la question n'est pas, peuvent-ils raisonner ? Ni, peuvent-ils parler ? La question est : peuvent-ils souffrir ?

ENFANT : Une note en bas de page. C'est tout ?

PARENT : C'est tout, et c'est énorme. Réfléchis à ce qu'elle déplace. Depuis le début de cette saison, on cherche qui peut dire sa blessure. Bentham répond : pour compter, pas besoin de pouvoir la dire. Il suffit de pouvoir avoir mal. Un chien ne récitera jamais de poème et ne gagnera jamais un débat. Mais une patte coincée lui fait mal, la peur lui fait peur, et ça suffit pour qu'il compte.

ENFANT : Mais comment on sait qu'ils souffrent vraiment ? Ils ne peuvent pas nous le dire.

PARENT : Comme avec Lila, comme avec Jeanne : on apprend à lire. Le cri, le tremblement, la fuite, le corps qui se recroqueville. Et la science d'aujourd'hui confirme ce que tout le monde lisait déjà : les mammifères, les oiseaux et bien d'autres ont tout ce qu'il faut pour sentir la douleur et la peur. Quand le chat se cache au fond de sa caisse chez le vétérinaire, personne d'honnête ne dit qu'il fait semblant. Mais souviens-toi de notre question de la saison : ce que nous disons d'eux, eux ne pourront jamais le corriger. Quand quelqu'un affirme que son animal est parfaitement heureux, c'est lui qui parle. À nous d'être honnêtes quand nous lisons.

ENFANT : Et Bentham, il était le premier à penser ça ?

PARENT : Oh non, et il faut le dire. Souviens-toi de la saison sur l'Inde : ne blesser aucun être vivant, même le plus petit. Des gens vivaient cette idée des siècles avant Bentham, et ils en avaient fait une règle de vie entière. Souviens-toi du roi, en Chine, chez le sage Mencius : il voit passer un bœuf qu'on mène au sacrifice, le bœuf tremble, et le roi dit, je ne peux pas supporter ça, épargnez-le. Le cœur qui ne supporte pas de voir souffrir, des sages du monde entier l'avaient trouvé bien avant. Ce que Bentham ajoute, c'est d'en faire une question pour les lois.

ENFANT : D'accord. Mais si la réponse est oui, ils peuvent souffrir, alors ça nous oblige à quoi ? Parce qu'on mange des animaux. Presque tout le monde en mange.

PARENT : Et on ne va pas faire semblant que la question n'existe pas, parce qu'elle découle directement de tout ce qu'on vient de dire. Si leur souffrance compte, alors la façon dont on les élève, dont on les transporte, dont on les tue, compte aussi. Des gens sérieux et sincères en tirent des conclusions différentes : certains ne mangent plus d'animaux du tout, d'autres en mangent moins, d'autres se battent pour changer la manière de les élever. On ne va pas décider à ta place, justement pas dans cette saison.

PARENT : Ce qui n'est plus possible, en revanche, c'est de répondre « ce ne sont que des bêtes ». Tu reconnais le geste ? C'est celui de la semaine dernière : un mot collé qui sert de permission pour ne plus regarder. Chaque fois qu'on entend « que des » — que des bêtes, que des fous, que des vieux — il y a quelque part une souffrance qu'on s'apprête à ne pas compter.

ENFANT : Donc la question de Bentham, on peut la poser partout. C'est une clé.

PARENT : Une clé qui ouvre presque toutes les portes de cette saison. Et la phrase à garder ce soir, c'est la sienne : la question n'est pas, peuvent-ils parler ? La question est : peuvent-ils souffrir ?

PARENT : Et la question qu'on te laisse. Pour le chien du portail, tu as répondu oui sans hésiter, je t'ai vu. Alors qu'est-ce que ce oui change, concrètement, dès demain, dans ta façon de vivre avec les bêtes ?

Épisode 7

Les plantes, les rivières, la Terre

PARENT : Ce soir, ferme les yeux une seconde. Un grand arbre, au bord d'un chemin. Il est là depuis cent ans. Une machine arrive, et en dix minutes, il est à terre.

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PARENT : Ce soir, ferme les yeux une seconde. Un grand arbre, au bord d'un chemin. Il est là depuis cent ans. Une machine arrive, et en dix minutes, il est à terre. Pendant tout ce temps, qu'est-ce qu'on a entendu ?

ENFANT : La machine. L'arbre, rien. Il ne crie pas, il ne s'enfuit pas. Il tombe en silence. C'est peut-être pour ça qu'on s'en fiche plus facilement, non ? Un animal blessé crie ou se sauve. L'arbre ne peut rien faire du tout.

PARENT : Sans doute. Et regarde la rivière, maintenant. Une usine déverse ses déchets dedans, année après année. Les poissons meurent, l'eau devient imbuvable. Et la rivière ne portera jamais plainte. Blessable, sans pouvoir ni fuir ni crier. C'est le degré le plus silencieux de tout ce qu'on a rencontré cette saison.

ENFANT : Mais attends. Est-ce qu'un arbre peut avoir mal ? Vraiment mal, comme le chien de la dernière fois ?

PARENT : Question honnête, réponse honnête : on ne sait pas, et probablement pas comme nous. Les plantes réagissent, se défendent, certaines préviennent même leurs voisines quand on les attaque, en envoyant des signaux. Mais elles n'ont ni cerveau ni nerfs comme les nôtres, et personne ne peut dire si quelque chose, là-dedans, ressemble à une douleur. Seulement voilà la découverte de ce soir : pas besoin de sentir la douleur pour être blessable. Une forêt peut être détruite. Une rivière peut mourir, plus de poissons, plus d'oiseaux, plus d'eau pour personne. Un sol peut être épuisé au point que plus rien n'y pousse. La blessure est réelle, même si personne ne la sent de l'intérieur.

ENFANT : Et qui parle pour eux, alors ? C'est encore notre question.

PARENT : Encore elle, et cette fois un pays entier a essayé d'y répondre. En Nouvelle-Zélande coule un grand fleuve, le Whanganui. Le peuple maori qui vit sur ses rives depuis des siècles le dit depuis toujours : je suis le fleuve, le fleuve est moi. Tu te rappelles la saison des histoires que l'école ne raconte pas ? La terre comme parente, pas comme marchandise. Pendant cent cinquante ans, ces familles se sont battues pour leur fleuve. Et en deux mille dix-sept, le pays a fait une chose qu'aucun pays n'avait faite : la loi a déclaré que le fleuve est une personne. C'est le mot difficile de ce soir : une personne juridique. Quelqu'un que la loi reconnaît, qui a des droits, et qu'on peut défendre devant un tribunal.

ENFANT : Un fleuve avec des droits ? Mais il ne peut pas aller au tribunal.

PARENT : Non. Alors la loi lui a donné des gardiens : deux personnes chargées de parler en son nom. Une choisie par le peuple maori, une par le gouvernement. Et nous revoilà en plein dans la question de la saison. Les gardiens parlent pour un être qui ne confirmera jamais. Ils peuvent se tromper, ou défendre leurs propres intérêts en disant le mot fleuve. C'est pour ça qu'ils sont deux, qu'ils doivent s'expliquer, rendre des comptes. On essaie de parler pour, sans voler la voix. La voix d'un être qui n'en a pas.

ENFANT : Mais alors, jusqu'où ça va ? Si le fleuve compte, et l'arbre, et le sol, il faut tout protéger ? On coupe des arbres pour construire des maisons, on laboure des champs, on pêche. Si tout compte pareil, on ne peut plus rien faire.

PARENT : Question honnête, là encore. Non, on ne peut pas tout mettre sous cloche, et personne de sérieux ne le demande. Vivre, c'est prendre : manger, se chauffer, construire. Les peuples qui disent la terre comme parente ne s'interdisent ni de pêcher ni de couper. Ils font autre chose : ils prennent en sachant qu'ils prennent. Ils ne prennent pas tout. Ils rendent, ils replantent, ils laissent reposer, ils remercient, même. C'est le contraire de prendre comme si rien ne comptait, comme si la Terre était un magasin sans personne à la caisse.

ENFANT : Donc le cercle s'agrandit, mais ça ne veut pas dire ne plus rien toucher. Ça veut dire faire attention à tout ce qu'on touche.

PARENT : Tu viens de le dire mieux que moi. Et la phrase à garder ce soir : ce qui ne peut ni fuir ni crier peut quand même être blessé.

PARENT : Et la question. Dessine dans ta tête le cercle de tout ce qui compte pour toi. Où s'arrête-t-il aujourd'hui ? Et qu'est-ce qui attend juste à la frontière, sans voix, que tu décides s'il en fait partie ?

Épisode 8

Les enfants qui ne sont pas encore nés

PARENT : Dernier épisode de la saison, et on a gardé le plus étrange pour la fin. Dans cent ans, quelque part, un enfant aura ton âge. Il n'existe pas encore.

L'audio de cet épisode arrive bientôt.

PARENT : Dernier épisode de la saison, et on a gardé le plus étrange pour la fin. Dans cent ans, quelque part, un enfant aura ton âge. Il n'existe pas encore. Ses parents non plus. Même ses grands-parents ne sont pas nés. Et pourtant, des décisions prises aujourd'hui pèseront sur toute sa vie.

ENFANT : Comme quoi, par exemple ?

PARENT : Le climat qu'il aura, on le règle maintenant. Les déchets de certaines centrales restent dangereux pendant des milliers d'années : c'est lui qui devra les garder. Les poissons qu'il restera dans la mer, les forêts encore debout ou non. Tout ça se décide avant sa naissance. Sans lui.

ENFANT : Et lui ne peut rien dire du tout. Pas voter, pas manifester, pas porter plainte. Même le fleuve de la dernière fois a ses gardiens. Lui, il n'a rien.

PARENT : C'est exactement ce qu'a vu un philosophe du vingtième siècle, Hans Jonas. Né en Allemagne, il a dû fuir son pays parce qu'il était juif, et il a passé sa vie à réfléchir à notre puissance. Sa remarque de départ est simple : jamais les humains n'avaient pu abîmer si loin. Avant, une erreur abîmait un champ, un village, une génération. Maintenant, une erreur peut abîmer la planète pour des siècles. Le mot difficile de ce soir : irréversible. Ce qu'on ne peut pas défaire. Un vase cassé se recolle. Une espèce disparue ne revient jamais.

ENFANT : D'accord, mais qu'est-ce qu'il propose ? On ne peut pas demander leur avis à des gens qui n'existent pas.

PARENT : Non. Et c'est là que Jonas retourne tout. D'habitude, on se sent obligé envers ceux qui peuvent exiger quelque chose de nous. Donnant-donnant : tu me respectes, je te respecte. Les enfants de dans cent ans ne pourront jamais rien nous rendre, jamais rien exiger, jamais nous punir. Et Jonas dit : c'est justement pour ça que nous sommes responsables d'eux. La responsabilité la plus pure, c'est envers ce qui ne peut rien exiger de toi.

ENFANT : Comme un nouveau-né, en fait.

PARENT : C'est précisément son exemple. Un nouveau-né ne peut rien te donner, rien te promettre, rien réclamer avec des mots. Il respire, et sa simple existence te demande quelque chose. Jonas dit : l'humanité qui vient, c'est ce nouveau-né. Plus on a de pouvoir sur quelqu'un, plus on est responsable de lui. Et nous avons un pouvoir immense sur eux, qui n'en ont aucun sur nous.

ENFANT : Alors c'est ça, le bout du chemin. On a commencé la saison avec quelqu'un qui parle à ma place à table. Et on finit avec des gens à qui personne ne pourra jamais rendre la parole, parce qu'ils n'en ont pas encore.

PARENT : Refais le chemin avec moi, tu vas voir qu'il dessine quelque chose. Les enfants qui prennent la parole : on les applaudit sans toujours les écouter. Ceux qui parlent sans mots : il faut apprendre à les lire. Les très vieux qui oublient : la personne reste, sous le récit. Ceux qu'on a enfermés : un mot collé peut tuer une parole. Les bêtes : pas besoin de mots pour avoir mal. Les rivières et les arbres : pas même besoin d'avoir mal pour être blessable. Et ce soir : pas même besoin d'exister encore.

ENFANT : Le cercle s'est agrandi à chaque épisode, et la voix a diminué à chaque épisode. Plus c'est silencieux et blessable, plus ça dépend de nous.

PARENT : Tu viens de résumer la saison. Qui peut dire sa blessure ? Presque jamais ceux qui la portent le plus. Rappelle-toi les règles du premier épisode : peut-il parler lui-même ? L'écouterait-on si je me taisais ? Et rendre la parole dès que possible. Pour les enfants de dans cent ans, cette dernière règle est impossible : on ne leur rendra jamais la parole. Il reste une seule chose : décider aujourd'hui comme si leurs yeux nous regardaient.

PARENT : Une dernière chose. Protéger ceux-là, les sans-voix, les pas-encore-nés, ça ne peut pas se faire seulement à une table de cuisine. Il faut des lois, des pays qui s'engagent, des décisions prises ensemble. Décider ensemble de ce qu'on protège, ça porte un nom : la politique. Et c'est toute la saison prochaine.

PARENT : La phrase à garder, c'est celle de Jonas, dite à notre façon : nous sommes responsables de ceux qui ne peuvent rien exiger de nous.

PARENT : Et la question, pour finir la saison. Qu'est-ce que tu aurais aimé que les gens d'il y a cent ans fassent pour toi ? Et maintenant que tu tiens ta réponse, qu'est-ce que tu en fais ?